L’ARPENTEUR , C’EST PARTI !

 

 

nature

le projet

J’ai découvert Henry David Thoreau, il y a 8 ans, plongé dans une première lecture de Walden, ou La Vie dans les Bois. Les sensations de cette traversée ont trouvé un écho étrangement familier à ma démarche musicale. Elles se référaient violemment à des souvenir d’enfance. Le petit Ben Kilian passant son temps à jouer au bord d’un étang, à en scruter la surface, à en imaginer le fond, s’est rappelé avec force à l’adulte que je suis devenu. Ces découvertes enfantines rythment aujourd’hui mes décisions et mes choix dans la vie et la lecture de Thoreau les remet à jour. Me vient alors l’envie de relier musique et sensations enfouies par l’entremise de ses textes.
L’Arpenteur met donc en musique mon rapport intime à certains textes et à certaines idées d’H.D. Thoreau. En explorant ce lien, je souhaite évoquer ce que chacun peut avoir d’inscrit au fond de lui de son rapport à la Nature, montrer la simplicité avec laquelle nous pouvons renouer le monde réel par son observation prolongée.
La musique de l’Arpenteur, très organique et faite de climats, naît de rencontres faites au sein de mes diverses formations en activité (Ghotul, Hibou Anémone & Bear…) et de mon travail au sein du collectif dijonnais La Générale d’Expérimentation. Le personnel du projet a été assemblé ainsi, augmenté par une autre rencontre décisive avec le clarinettiste Sylvain Kassap lors d’un projet transversal mené avec l’ensemble Laborintus.
le personnel
Benoît Kilian : conception du projet, batterie, percussions, grosse caisse horizontale Sylvain Kassap : clarinettes Stephan Hernandez : saxophones, clarinette basse Yoann Piovoso : vibraphone, percussions, voix
Cécile Thévenot : piano droit préparé Sébastien Bacquias : contrebasse Guillaume Malvoisin : voix

le scenario
L’Arpenteur est conçu en 4 phases. Chacune porte un mode d’improvisation propre au service d’un thème choisi : retour à des choses évidentes, simples et accessibles (#1. Malus Coronaria), volonté de ne pas voir les choses d’une seule facon (#2. Walden Pond Reduced Plan), prise de consience de la frénésie chaotique de notre société (#3. le Chemin de fer de Fitchburg), exploration de l’inconnu pour concevoir l’étranger comme un nouvel équilibre possible du monde (#4. Loon).
#1. Malus Coronaria
« Les pommes sauvages ont été exposées au vent, au gel et à la pluie au point d’absorber les traits caractéristiques du temps ou de la saison. Elles nous transpercent, elles nous piquent, elles nous imprègnent de leur vitalité. » (in Les Pommes Sauvages)
Le moteur de la première phase de l’Arpenteur est la dynamique sensorielle. La musique est tour à tour pointilliste, acerbe, saccadée, joyeuse, revêche puis chargée de mystère. Elle s’impose comme une démonstration de la capacité de la Nature à réveiller des sensations évanouies. Elle illustre la violence et le bonheur de l’apprentissage, proche de celui de Thoreau débusquant cette pomme sauvage lors d’une promenade hivernale.
#2. Walden Pond Reduced Plan
« Toute pièce d’eau trahit l’esprit qui imprègne l’air. Elle reçoit sans cesse d’en haut une vie nouvelle et un mouvement inédit. Par nature, elle est l’intermédiaire entre la terre et le ciel. » (in Les Pommes
Sauvages)
Cette partie est une transcription en partition graphique de la carte établie par les sondages de l’étang de Walden par Thoreau (1846). L’accent est mis sur le caractère répétitif et méticuleux de l’arpentage. Le piano joue les contours de l’étang, les percussions figurent la surface quand les autres instruments composent avec 22 des indications de profondeurs, énoncées par la voix et converties en notes.

waldenpond carte postale
#3. le Chemin de fer de Fitchburg
« Toutes les collines à myrtilles indiennes sont dépouillées, toutes les prairies à canneberge sont ratissées. Alors ces fruits partent tous vers la ville. S’en vient le coton, s’en va le tissu, s’en vient la soie, s’en va la laine, s’en viennent les livres et s’en va l’esprit qui les écrit. » (in Walden)
Ironie du sort, c’est l’arpentage de Thoreau qui favorisera l’arrivée du chemin de fer et du progrès au coeur de son paradis boisé. Cette phase est basée sur une alternance de silences, de fanfare rebondie et d’une pulse ambigue et inébranlable. Elle évoque le progrès qui finit par corrompre la civilisation qu’il améliorait, la frénésie des hommes à vouloir toujours plus et la course inlassable aux nouveaux besoins consuméristes.
#4. Loon
« It was a pretty game, played on the smooth surface of the pond, a man against a loon. Suddenly your adversary’s checker disappears beneath the board, and the problem is to place yours nearest to where his will appear again. » (in walden)
Thoreau parcours un jour en barque la surface de l’étendue d’eau. Il rencontre soudain le Loon, oiseau rieur dont il entendait depuis plusieurs jours les cris. Une poursuite s’engage. Cette phase joue le calme apparent de la surface suivi du prétendu chaos du monde subaquatique. Nous alternons des cellules musicales denses et animées et la diffusion de samples de cris du Loon, clairs ou traités en direct. Les seconds viendront interrompre les premières et décider ainsi de la durée des cycles de cette dernière phase.

 

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